Algerie Sciences Cultures

avril 7th, 2009

La mondialisation télévisuelle; phénomène d’acculturation ou de déculturation ?

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 La mondialisation télévisuelle; phénomène d’acculturation ou de déculturation ?

Par Dr KENDZI MOHAMMED KADDOUR Université Bordeaux3 

                                   

                                   La question culturelle devient alors un élément majeur dans cette mondialisation de la communication. Actuellement, on assiste à un bond des nouvelles technologies de l’information et la communication, ce qui favorise l’apparition de nouveaux acteurs sur la scène internationale et de nouvelles façons de communiquer. Toutes ces évolutions montrent que la culture est très importante. Mais comment imposer ces cultures ? La solution miracle, ce sont les chaînes de télévision satellitaires. Les multinationales ont favorisé la commercialisation des moyens matériels de réception partout dans le monde à des prix assez abordables: en Algérie, on peut se procurer dans le marché local un matériel de réception performant pour un prix en moyenne de 70 euros. Toutes les chaînes du monde nous ont montré en continu le 11 septembre 2001. A partir de ce 11 septembre la conception du monde ne sera pas la même. C’est une rupture fondamentale, un changement majeur dans les  relations internationales. On peut lire dans ces événements une réaction contre la mondialisation occidentale basée sur l’image. La guerre par l’image était bien comprise par les groupes contestataires. Le 11 septembre marque aussi  le déplacement progressif  des centres de décisions économiques vers l’est (Chine, Japon, Inde). Avec la mondialisation de la communication on passe d’un paradigme économique à un paradigme culturel !

Le changement qu’apporte la pratique télévisuelle et notamment caractérisé par la rapidité de l’information concernant les événements religieux et culturels dans les pays limitrophes.  A  l’aide de ce téléviseur on peut aller là ou on n’osera pas, vers l’intimité des cultures, des espaces linguistiques, dans le privé comme dans le public. Grâce à l’image télévisuelle on connaît des  icônes commerciales, telles que Che Guevara, BOB Marley, ou encore Zidane, etc. La même image est diffusée en temps réel partout dans le monde, et la même image est peut être lue différemment à travers ce même monde. Qui dans le monde ne connaît pas cette image du CHE sur fond rouge et noir ? Et Bob Marley avec les couleurs rasta rouge vert jaune ? On les voit partout. Zidane,  on le connaît même dans les fin fonds de l’Indonésie. Les barrières linguistiques, culturelles et sociales sont bannies, et cela grâce au phénomène de la mondialisation de la communication, aux images télévisuelles qui circulent en permanence à travers les quatre coins du monde. Ce phénomène d’échanges culturels n’a pas de précédent, c’est une nouvelle situation que la télévision a permis de diffuser à grande échelle. Les images télévisuelles dépassent les frontières géographiques, identitaires, linguistiques et culturelles. Mais la mondialisation est aussi comprise comme un mode d’uniformisation, voire d’occidentalisation des pratiques alimentaires, vestimentaires, sportives et même sociales. Le terrain nous montre les influences vestimentaires et comportementales qui sont en marche, qui guettent les populations des pays du sud. Toute fois, cette mondialisation par la communication télévisuelle offre des possibilités de dialogue que sans cette technique n’existeraient pas. Nous parlons de dialogue, mais quel dialogue s’agit-il ? Un Dialogue  vertical, sans interaction, sans droit de réponse? En fait, il s’agit d’avantage d’un discours. Les populations du sud ne peuvent que subir les images télévisuelles, dans ce contexte de mondialisation économique.[1]

 La mondialisation de la communication  et les cultures des pays du Sud: espoir ou désillusion ?

                                     Faut-il parler d’un choc des civilisations comme le fait  Samuel HUNGTINGTON[2], qui s’oppose ainsi à l’idée de Yoshihiro  FUKUYAMA[3] de «  la fin de l’histoire » suite à l’écroulement du bloc socialiste. Cette fin de l’histoire aurait donné momentanément raison au libéralisme, au marché, au capitalisme et à la démocratie à l’occidentale.  L’idée de FUKUYAMA est qu’on va vers un monde où les affrontements politiques vont disparaître et où il ne restera que des problèmes de gestion. Pour Huntington, au contraire, on va vers un conflit des civilisations.  Il a divisé le monde en plusieurs grandes  civilisations: occidentale, confucéenne, japonaise, islamique, hindoue, slavo orthodoxe, latino américaine et africaine. Devant cet affrontement de thèse entre le choc des civilisations et la fin de l’histoire, le musulman de base semblerait acquis à l’idée qu’on assiste à des divergences de conceptions culturelles, car il pense qu’on ne se battra plus avec des  armes, mais avec des idées qui circulent à travers les médias, les chaînes satellitaires, Internet. On assistera à une guerre de communication.

 Dans nos entretiens, un enseignant me parlait de l’hypocrisie des Etats-Unis d’Amérique, à propos de l’affrontement des projets de sociétés entre l’islam et l’occident. Il se demandait  « pourquoi tout ce qui ne correspond pas à leurs pratiques et façons de vivre serait  rétrograde et non tolérable ? Nous voyons chaque jour leurs façons de vivre à travers les images qui nous viennent de leurs chaînes satellitaires. Dieu merci, leur façon de vivre qu’il la garde pour eux. L’idée d’affrontement entre les cultures et surtout avec l’islam, n’est qu’invention de l’Amérique. On doit rappeler à l’occident qu’Oussama Ben Laden est d’abord un produit de
la C.I.A et qu’il avait géré pour cette dernière le financement de la guerre d’Afghanistan contre les soviétiques. L’histoire nous a montré et nous montrera que les fanatiques musulmans ont été inventés, armés, financés par l’occident pour combattre le communisme. Les conséquences de cette gaffe doivent être réglées entre eux, et surtout par les politiques, mais l’islam et la culture islamique n’ont rien à y voir ». 

Les sages et les hommes de culture savent bien que les cultures ne sont pas des marchandises, ni le moyen d’une quelconque domination d’une civilisation sur le reste du monde. La diffusion des inventions (depuis
la Mésopotamie, l’utilisation du cheval, de la roue, le métier à tisser vertical), la diffusion des idées (le périple des religions), des langues, de l’alimentation s’opèrent sur une longue durée (surtout par voie terrestre). Les conquêtes, les empires favorisent le brassage des peuples. Jan NEDERVEEN PIETERSE
[4]dit que l’histoire est collage, brassage continu, et que c’est grâce à ce brassage que l’on connaît  des évolutions. Selon lui Le multiculturalisme est une force vitale pour l’humanité. Actuellement, selon cet auteur nous assisterions à une accélération de l’hybridation grâce aux NTIC, voyages, aux techniques, et aux  échanges sans contact direct. Il constate que  l’homme actuel pratique le mélange d’éléments culturels; cette hybridation est devenue une expérience ordinaire de la mondialisation. L’hybridité prend différentes formes selon les époques et les cultures. Le concept d’hybridation est un concept contextuel, relationnel, qui renvoie à l’idée d’une société qui bouge. Nous sommes dans une certaine mesure d’accord avec ces réflexions de Jan NEDERVEEN PIETERSE, avec l’idée que l’homme pratique le mélange d’éléments culturels car, il ne peut y avoir de culture pure, et parce que la culture au sens de civilisation ne peut évoluer avancer qu’avec l’apport de l’extérieur. L’humanité s’est construite par l’addition de connaissances diverses, de
la Mésopotamie jusqu’à nos jours, en passant par
la Grèce antique, la chine ancienne, la civilisation arabo-musulmane, et enfin la renaissance et la révolution industrielle en Europe et ses conséquences sur les relations sociales, culturelles et économiques dans le monde. A chaque période il y a des rapports appropriés à la culture existante et aux moyens de communication existants. Dans le même contexte, Régis DEBRAY, note dans son livre Vie et mort de l’image
[5]: la mondialisation économique fait surgir au nord les besoins d’enracinement national et l’acculturation scientifique des élites du tiers monde, les intégrismes religieux, l’ubiquité électronique réenchante le visible, en supprimant distances et délais. La télécommande ou le mode extérieur obéissant au doigt et à l’œil. Un zappeur câblé est un sorcier heureux parce que enfin efficace : il saute d’un continent à l’autre en un clin d’œil. En passant des mappemondes au département électroménager des grands magasins (rayon de l’audiovisuel), la planète Terre a été à la fois miniaturisée et domestiquée. Elle peut désormais être livrée à domicile, comme un frigo ou un aspirateur ».

Nous pensons qu’en réalité la terre, ne peut pas être livrée comme un frigo, car elle est aussi un monde avec des cultures diverses et des Hommes avec toutes leurs incertitudes et leurs énigmes que la technique ne peut dissiper. La mondialisation culturelle n’est pas pour demain car le monde n’est monde que par sa différence culturelle et sociale. Les multinationales, par leur technologies de l’information et la communication, ont  tenté de pénétrer les sphères culturelles des pays du sud par le biais de la société de l’information la « S.I. », qui est un organisme sous tutelle onusienne, mais la gestion et l’inspiration sont plutôt du côté des multinationales des télécommunications. Ils veulent créer un grand marché pour les télécommunications dans le monde, véhiculer leurs matériels surtout vers les pays du sud, sous couvert de la démocratisation numérique, l’ouverture. Mais en réalité, il s’agit de créer un grand marché pour les marchandises des NTIC dans les pays du sud, de bousculer leurs cultures, d’essayer d’imposer une uniformisation, une domination unilatérale sur les autres cultures. Il s’agit donc de créer de nouveaux rapports de communication, d’organisation au niveau des sphères macro-sociale et micro-sociale des sociétés africaines en particulier et des pays du sud en général.

La dernière conférence de la « S.I » à Tunis, n’a généré  que des résultats timides, presque décevants car le nombre d’internautes à peu augmenté. Les pays du sud ont compris qu’il ne pouvait pas y avoir une communication mondiale basée sur une aliénation à l’occident, ou une déculturation à grande échelle. La culture ne peut devenir une simple marchandise comme les autres. Chaque coin de l’Afrique dont
la Sahara fait partie, a sa propre culture et sa propre tradition. Les occidentaux considèrent certains phénomènes  comme des  phénomènes mondiaux, alors que pour les cultures locales africaines se sont des phénomènes inconnus. Certains passent même inaperçus. Par exemple, lors de l’enquête sur le terrain, nous avons demandé aux personnes interrogées ce qu’elles pensent de la mort de la princesse Diana. A notre stupéfaction, ils ne savaient  même pas qui était la princesse Diana. On voit bien avec cet exemple, qui l’on peut contredire l’idée que les  images planétaires qui créeraient  le monde. Ici on voit bien combien, les « cultural studies » lorsqu’ils soulignent le poids des cultures. Le décodage des gens n’est pas uniforme et il ne sera pas uniforme tant qu’il existe différentes cultures, différents peuples dans le monde. L’idée de la  transformation sociale et culturelle des sociétés du sud par une mondialisation de la communication nous paraît faible.

                                    En Algérie les politiques restent attacher à l’idée d’une mono culturelle, mais cette vision est mal adaptée à l’époque contemporaine. Lorsqu’on voyage à travers le pays, on remarque que plusieurs cultures et traditions sont présentes sur l’espace algérien, côte à côte, et parfois métissées. Il faut donc procéder à des réajustements : la culture algérienne n’existe pas en tant que telle, ce qui existe ce sont des cultures algériennes ! Le fossé est plus large entre le Sahara et le nord  du pays qu’avec les pays limitrophes du sud. La télévision algérienne, qui couvre théoriquement l’espace étudié, vit un paradoxe : d’une part elle s’oriente avec sa classe dirigeante vers l’Occident en ce qui concerne le développement d’un projet de société, basé sur la « modernité à l’occidentale » pour ne pas dire l’occidentalisation, et d’autre part elle s’oriente vers l’affirmation de la personnalité arabo-musulmane conservatrice, portée par les classes populaires et les chouyoukhs[6]. Ce rappel historique et culturel est nécessaire car nous pensons que les peuples sont des mélanges de populations. La mondialisation de la communication est peut-être en train de créer une nouvelle forme d’identité et une nouvelle forme de communication. Mais on ne va pas vers une hybridation de la culture mondiale et les populations réagit à la mondialisation télévisuelle en utilisant la culture locale comme outil de résistance. Cela peut être bien exploité par les mouvements fondamentalistes, néo-communautaires (repli sur les identités anciennes) et conservateurs. La théorie du choc des  civilisations de Samuel Huntington[7] , auteur conservateur, avait  fait beaucoup de bruit, enfin, pour finalement, peu de chose. Cherchant un ennemi après la chute du mur de Berlin, il pensait que une nouvelle guerre  culturelle, identitaire, civilisationnelle opposerait l’occident  aux  autres civilisations. C’est une thèse très faible scientifiquement qui a était exploitée pour des enjeux politiques et économiques par certains courants surtout américains.  Nous avons souhaité faire ce détour par la question de la mondialisation  pour mieux comprendre les enjeux  stratégiques de l’Etat et les enjeux des chaînes satellitaires qui émettent du ciel en continu, et les tactiques des populations locales sahariennes pour s’approprier, s’adapter ou  résister à cette mondialisation télévisuelle qui n’est pas neutre.  


[1] Voir Henri-Pierre JEUDY, Maria Claudia GALERA, Nobuhiko GAWA, l’effet transculturel, Paris, Ed L’HARMATTAN, 2008,p. 10-18

[2] Samuel Philips Huntington,  le choc des civilisations, Ed  Odile Jacob, Paris,  2000,545 pages

[3] Yoshihiro Francis Fukuyama,
La Fin de l’histoire et le dernier homme,
Paris,  Ed Flammarion, 1993,448 pages
 

[4] Jan NEDERVEEN PIETERSE, 2007 Ethnicities and Global Multiculture, pants for an octopus:
Oxford, Ed 
Rowman & Littlefield 2007, 256 pages

[5] Régis DEBRAY, vie et mort de l’image, Paris, Ed Gallimard, 1992, P. 411-412

[6] « Chouyoukh » pluriel de cheikh, ce sont les guides spirituels locaux, généralement des connaisseurs de la théologie islamique, et ils tirent leur légitimité de l’authenticité et du  savoir local  propre à chaque sphère culturelle, dans le respect total des populations locales.   

[7]Samuel Huntington, Qui sommes-nous? : Identité nationale et choc des cultures, Paris, Ed : Odile Jacob, 2004 ,397 pages










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